Batari : une déesse puisée chez les Asmat
Batari signifie "déesse" en indonésien, et la femme que j'ai peinte sous ce nom appartient aux Asmat, un peuple vivant au cœur des marécages et des réseaux fluviaux du sud-ouest de la Papouasie, sur l'île de Nouvelle-Guinée. C'est l'une des cultures les plus reculées à avoir inspiré un de mes imprimés, et je l'ai découverte par la recherche plutôt que par une visite personnelle.
Les Asmat sont connus avant tout pour leur sculpture sur bois. Les sculpteurs, appelés wowipits, occupent une position respectée dans la société asmat, et leur art remonte à Fumeripits, un ancêtre culturel considéré comme le tout premier sculpteur et, dans les croyances asmat, une figure fondatrice de l'humanité elle-même. La sculpture n'y est pas un simple ornement. Richement travaillés, tambours, boucliers et masques sont réalisés pour honorer les ancêtres et maintenir leur mémoire vivante parmi les vivants, un art construit sur la continuité plutôt que sur la simple représentation.
Cette importance accordée à l'ascendance et à la percussion s'est retrouvée directement dans Batari. Sur l'illustration, un tambour en bois sculpté à la main occupe le centre de la composition, son battement imaginé comme quelque chose qui remonte à des temps très anciens. Une haute coiffe de plumes couronne la silhouette, marque de rang spirituel plutôt que simple parure.
J'ai réalisé cette illustration comme un choix délibéré sur qui l'on place au centre d'un récit. La société asmat est traditionnellement organisée autour des hommes dans ses rôles cérémoniels les plus visibles, et la place des femmes y est moins affirmée publiquement. Peindre Batari comme une femme puissante issue de ce monde a été ma façon de donner à ce rôle une présence qu'il n'a pas toujours dans les récits historiques, un geste d'imagination artistique plutôt qu'une affirmation documentaire sur la société asmat d'aujourd'hui.
Comme pour chaque imprimé que je puise dans une culture que je n'ai pas habitée moi-même, Batari se veut un hommage et une interprétation, non une ethnographie. Le tambour, la coiffe, la palette sont mes choix, filtrés par l'aquarelle, l'encre et le crayon, en hommage à une tradition de sculpture qui perdure depuis des générations le long des cours d'eau de Nouvelle-Guinée.
Avec amour, Brescia