L'anecdote de la femme aux choux

Il y a des rencontres qui durent trois secondes et vous occupent un an.

Nous étions en toktok, Matt et moi, en route vers Memphis. J'avais lu tous les Christian Jacq : dans ma tête, Memphis brillait de lapis-lazuli et de turquoises. En vrai, des ruines. (Et le pire guide du monde, mais passons.)

C'est là, non loin des pyramides de Gizeh, que mon mari me dit : « Oh regarde cette femme, elle pourrait faire l'objet d'une illustration.»


Je la vois... Elle sort du marché, une bassine sur la tête, d'où débordent de grandes feuilles de chou vertes et blanches. Vite, une photo, avant qu'elle ne s'échappe !!

Pourquoi elle ?

« Je ne l'explique pas.» Elle avait quelque chose que les autres n'avaient pas. Quelque chose qui peut paraître anodin pour d'autres personnes. Le soir, à l'hôtel, je savais déjà ce que je voulais : « J'avais vraiment en tête l'idée de cette femme avec les choux, qui tenait un bébé.» Je lui ai mis un enfant dans les bras, puis des perles aperçues dans un musée du Caire.

Et Nout est arrivée

C'est en rentrant en France, plongée dans mes livres et mes photos, que tout s'est éclairé. Nout, la déesse du ciel. Celle qui avale le soleil chaque soir et le remet au monde chaque matin. Une mère, donc. Et moi qui avais déjà mis un bébé dans les bras de ma femme aux choux… 


Je l'ai peinte en Voie lactée, déployée au-dessus d'elle, avec douze ronds rouges pour les douze mois de l'année.

« Le chou symbolise la terre. Et vu que Nout est toujours mise en parallèle avec le dieu de la Terre Geb, je trouvais ça assez symbolique qu'elle porte les choux non pas au sol mais sur sa tête.»

Quand mon mari a vu le paréo fini, il a dit : « Ah oui, incroyable la transformation ! »

Je ne connaîtrai jamais son nom. Elle ne saura sans doute jamais qu'elle est sur un paréo.

Mais elle est là, au centre, sous le ciel.

Avec amour,
Brescia

 

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